Le milieu de la coopération internationale fait face à de nombreux défis qu'il est nécessaire de relever afin d’améliorer les modes de fonctionnement et de partenariat pour tendre à des relations plus égalitaires entre tous les acteurs, des bailleurs de fonds aux participant·e·s aux projets. Dans le même temps, l’intensification des conflits et des conséquences du changement climatique imposent une plus grande flexibilité et une collaboration plus efficace pour pallier aux besoins grandissants des populations défavorisées.
Sur cette page, vous trouverez des informations et réflexions sur les enjeux actuels de la coopération internationale comme la décolonisation de l'aide, la localisation, le nexus humanitaire - développement - promotion de la paix et le travail en contextes fragiles.
La Fedevaco est signataire du Manifeste Appropriation locale. Soutien global. élaboré par une quarantaine d'ONG suisses. Ce document est un appel à des actions communes pour instaurer des partenariats équitables. Il sert à la fois de guide pour les méthodes de travail des ONG suisses et d'appel aux bailleurs de fonds à adapter leurs conditions-cadres afin de favoriser une coopération internationale enracinée dans les réalités locales.
Coopération entre Etats, solidarité entre associations de la société civile, défense des intérêts économiques des pays industrialisés, outil de développement durable, soft power des anciennes nations colonisatrices, lutte contre la pauvreté: la coopération internationale est née et se poursuit dans un champ de tensions politiques et d'intérêts très divergents. Il existe presqu'autant de modalités et de visions de la coopération internationale que d'acteurs qui la pratiquent.
La coopération internationale telle que la conçoivent et promeuvent la Fedevaco et ses organisations membres cherche à appuyer des populations à travers des entités collectives locales (une institution étatique, une organisation, une entreprise, un groupement) afin que ces dernières aient les moyens de prendre leurs propres décisions et de gérer leurs stratégies de développement. Le but: lutter contre la pauvreté et promouvoir un développement durable. La coopération est vue comme une chaîne de partenaires où chaque partie prenante joue un rôle : les Etats, les ONG internationales, les ONG locales, les populations, les entreprises afin de favoriser un développement global inclulsif, qui ne laisse personne de côté.
Influencé par les contextes géopolitiques et les visions économiques ou de solidarité, la coopération internationale est un domaine qui se remet continuellement en question et redéfinit ses approches : interroger nos motivations, nos modes de partenariats, les relations de pouvoir entre les partenaires est une nécessité.
Dans ce champs de tension, qui sont les acteurs qui fixent les objecifs prioritaires? Les moyens pour y parvenir?
Lors du premier Forum de Haut niveau en 2002 à Rome, une déclaration sur les principes de l’efficacité de l’aide a pour la première fois été ébauchée. L’appropriation nationale en est un des principes : veiller à ce que la coopération au développement se fonde sur les priorités et le calendrier des pays qui en bénéficient. L’appropriation nationale devient en 2005 le premier principe de la Déclaration de Paris : les pays du Sud global définissent leurs propres stratégies de lutte contre la pauvreté et s'emploient à améliorer leurs institutions et à combattre la corruption. Le forum ne réunissait alors encore que des États donateurs.
L’approche plus démocratique de l’appropriation nationale ne voit le jour qu’à Busan en 2011 et donne naissance au Partenariat Mondial ou Global Partnership for Effective Development Cooperation (GPEDC). On assiste à l'instauration d'un partenariat plus inclusif et plus solide à tous les niveaux du développement, associant pays du Nord global et du Sud global ainsi que syndicats, organisations de la société civile et entreprises.
Cette conception de l’appropriation nationale se base ainsi sur l’idée ou l’espoir que chaque pays élabore au niveau national une stratégie de développement durable inclusive, qui soit le reflet des préoccupations de tous ses acteurs. Cette vision du développement serait ainsi un point d’ancrage pour appuyer les différents acteurs dans leurs actions. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Dans les contextes autoritaires ou dits fragiles, ou lors de crises humanitaires, les acteurs de la coopération internationale doivent bien souvent faire attention à ne pas renforcer les conflits et rapports de pouvoir déséquilibrés existant au sein des sociétés, tout en s’assurant de venir en appui aux plus démunis (Leave No One Behind) et en soutenant les Etats dans leur progression vers les Objectifs de Développement Durables.
Ces aspects font l'objet de nombreuses publications et ont également été discutés en Suisse en 2021 et 2022 dans le cadre d'ateliers qui ont réuni la Direction du Développement et de la Coopération (DDC) et ses partenaires des ONGs suisses autour des questions suivantes: quelles modalités de coopération mettre en oeuvre dans les contextes autoritaires ? Doit-on soutenir la stratégie gouvernementale ou se baser sur une approche sur les droits humains peut-être plus proche des revendications de la société civile ? Comment travailler au mieux dans ces contextes sans renforcer les relations de pouvoir biaisées ? Quelle appropriation réelle ont les acteurs locaux des stratégies de coopération internationale de leur pays?
Voici quelques éléments tirés de ces échanges afin de renforcer l'appropriation nationale. Pour aller plus loin, voir les ressources en haut de page.
Pour qu'une stratégie de développement nationale fasse sens pour toutes les parties de sa population, les différentes forces en présence devraient pouvoir participer à son élaboration. Parmi les différents acteurs, il est essentiel d'avoir une société civile forte et organisée qui soit en mesure d'élever sa voix et de participer aux processus.
Renforcer la société civile apparaît ainsi comme un élément indispensable pour permettre aux organisations et associations locales d’être des acteurs de développement indépendants, de jouer pleinement leur rôle vis-à-vis de leur gouvernement dans la définition des stratégies de développement, de construire des partenariats équitables et non de rester des prestataires de service techniques ou sociaux. Une coopération au développement saine doit pouvoir se baser sur une collaboration avec des acteurs locaux, en essayant de limiter la création de dépendance.
Comment les ONG suisses intègrent ces éléments dans leur pratique ? Trois exemples d'approches pour s'inspirer de bonnes pratiques en matière d'autonomisation et de gestion de leurs partenariats :
Au Honduras, l’EPER met en œuvre un projet-cadre qui consiste à mettre en place et soutenir un réseau de 50-60 organisations honduriennes dans un contexte autoritaire où la violence, la répression de la société civile et la censure des médias sont élevées. Des institutions publiques, des entreprises privées et des acteurs internationaux ont été formés pour plaider en faveur de l'application des politiques en matière de droits humaines.
Leçons apprises en lien avec le travail dans des contextes autoritaires:
Leçons apprises en lien avec la mise en œuvre d’une approche multipartite:
Aux Philippines, Action de Carême a utilisé cette approche (dont le nom vient d’un gâteau de riz philippin cuit simultanément par le bas et par le haut) qui vise à renforcer mutuellement l'interaction entre les organisations de base "d'en bas" et les initiatives politiques étatique "d'en haut".
Leçons apprises :
Utilisée en Ukraine par la Fondation INNOVABRIDGE pour mobiliser et renforcer les ONG dans leur plaidoyer politique et promouvoir des technologies civiques auprès des militant·e·s (pétitions et consultations en ligne, renforcement de la budgétisation participative par le biais de mécanismes de vote électronique).
Leçons apprises :
Lors d'échanges au sein de la coopération suisse, les éléments suivants sont ressortis comme quelques-unes des leçons apprises et bonnes pratiques tirées de décennies de programmes de coopération internationale:
Aujourd'hui les principaux acteurs du monde du développement s'accordent sur l'importance d'un développement dirigé localement (locally led development) et donc sur une "localisation" de l'aide pour obtenir un impact durable. Les approches tentent de renforcer des partenariats équitables, des modes de financement plus flexibles et adaptés. Toutefois, ces efforts se heurtent aux impératifs politiques des pays donateurs qui, pour certains, continuent à concevoir la coopération comme un vecteur d'influence politique et culturelle.
La coopération au bénéfice de qui ?
Au vu des enjeux environnementaux actuels, la question semble déplacée: la Fedevaco s'engage pour une coopération internationale au service d'une justice sociale et environnementale, qui soit un outil pour construire un monde plus durable pour toute sa population, que ce soit dans le Nord global ou dans le Sud Global.
Comme tous les autres domaines, la coopération internationale est intrinsèquement située au cœurs d'enjeux de politique internationale, et donc de pouvoir. Ces relations de pouvoir influencent la manière dont nous concevons notre travail, nous évaluons les différents acteurs et leurs compétences, le vocabulaire ou les images que nous convoquons. Ce n'est pas propre au domaine de la coopération, mais, au même titre que tous les autres secteurs, le monde de la coopération internationale et de l'humanitaire s'interroge sur ses héritages pour mieux aligner ses objectifs et ses moyens.
La coopération est née dans le contexte de la décolonisation. Elle est le résultat à la fois de mouvements de solidarité envers des pays qui ne bénéficiaient pas des mêmes ressources industrielles et financières que les pays du Nord Global et d'une volonté de soft power de Nations qui comptaient garder des contacts privilégiés avec leurs anciennes colonies. Cet héritage est un fait, qui doit être compris et traité comme tel. De très nombreuses réflexions sur les approches ont permis à la coopération de ne pas être qu'un héritage de cette époque mais aussi de construire un partenariat mondial pour atteindre ensemble des objectifs de développement durables. C'est le fruit d'un long processus.
Que signifie concrètement "Décoloniser l'aide"? Comment trouver un équilibre entre la valeur ajoutée des ONG suisses et la création de dépendance ou l'orientation de l'action de leurs partenaires locaux ? Qu'entend-t-on exactement par "partenaire local" ? Comment mettre en place un partenariat non hiérarchique lorsque les ONG internationales et les ONG locales sont traitées de manière très différentes par les gouvernements ? Les ONG internationales ont-elles encore un rôle dans un contexte où les agences de coopération souhaitent augmenter le financement direct à des associations locales ?
Le monde des ONG évolue, au gré des transformations internes, des stratégies, mais aussi des orientations politiques des différents Etats de provenance des ONG, des financements, etc. Plusieurs documents parus ces dernières années interrogent l'écosystème actuel et dessinent des scénarii sur l'avenir du monde des ONG internationales : acteurs opérationnels au service des politiques des Etats donateurs ? Acteurs de plaidoyer en faveur des organisations locales? Passerelles ?
Vous trouverez quelques uns de ces documents en haut de la page.
Le nombre de crises augmente et leur durée s’allonge, les Objectifs de Développement Durable (ODD) sont loin d’être atteints et le respect des droits des plus vulnérables est en péril. Le nexus et son approche, qui tient…
La Fedevaco et ses organisations portent les valeurs de responsabilité, efficacité, transparence et redevabilité. Pour agir en faveur d’un développement humain durable et global, oeuvrer à l’autonomisation et au…
Dans un monde marqué par des défis globaux complexes, les partenariats équitables jouent un rôle central pour une coopération internationale efficace et durable. Ces collaborations, fondées sur de valeurs de réciprocité,…
Les organisations membres de la Fedevaco aspirent à lancer une dynamique de développement local qui permette aux bénéficiaires d'améliorer leurs conditions de vie de manière autonome. Les appuis ont un début, mais ils ont…
Aujourd'hui, la prise en compte des besoins locaux est au cœur de la coopération internationale. Il est crucial que les programmes et projets soient ancrés dans les pays où ils se déroulent, auprès de partenaires locaux.…
A travers leur communication, les ONG de coopération internationale participent à façonner l'imaginaire collectif sur les pays du Sud global, car elles sont souvent des ponts entre différentes régions du monde. De ce…
Le podcast pour découvrir et comprendre la coopération internationale, son histoire et ses défis actuels et futurs ! Levez le voile, au fil des cinq épisodes, sur les acteurs impliqués, le rôle unique des Fédérations…