
18.06.2026
En bref
Date
18.06.2026
Contact
Lucie EndgahlResponsable communication
Léa BaeriswylResponsable du partage des savoirs
Comment partager des histoires de manière éthique – retour sur l’atelier sur le storytelling responsable
Lors de cet atelier, Christian Sinobas, CEO de fairpicture, a rappelé la force des préjugés et leurs impacts : influence sur nos jugements et nos actions, sur la façon dont nous interprétons et mémorisons les nouvelles informations, simplification du monde dans une opposition « nous vs eux ». Mais les stéréotypes ne sont pas uniquement du racisme ou une simplification de la réalité. Ils ont un impact concret, mesurable et financier pour les pays et communautés qui en sont victimes. Par exemple, on estime que les préjugés coûtent plus de 4 milliards à l’Afrique, par le paiement d’intérêts excessifs. Cela oblige les personnes qui communiquent au sein des ONG à raconter une autre histoire. Pour M. Sinobas, l’impact de la communication peut dépasser les retombées même des projets sur lesquels nous communiquons. Ce constat implique un devoir de « décolonisation » de la communication, afin de restaurer l’équilibre des pouvoirs et de réparer les injustices historiquement ancrées.
Mettre en valeur l’indépendance et la dignité

Quoi de plus efficace pour redonner le pouvoir aux personnes que de les montrer indépendantes et dignes ? C’est la recette que défend fairpicture ! Chaque projet ou activité de coopération internationale est une occasion de faire passer un message, de mettre en valeur des initiatives et des histoires portées par les participant·e·s ou les contributeur·trice·s. Mandater des photographes issu·e·s des régions des projets permet de créer une proximité culturelle et linguistique avec les participant·e·s, et d’obtenir des images ou vidéos réalisées avec un point de vue local. Cela permet aussi d’éviter d’apporter un « regard blanc » sur des situations et des enjeux qui ne sont pas les nôtres. Lors de la publication des photos, une description précise du contexte permet en outre d’éviter les mauvaises interprétations et d’honorer la dignité des personnes. En respectant un certain nombre de principes et en s’assurant du consentement, il devient alors possible de montrer des situations de détresse sans que cela nuise aux personnes concernées.
Le consentement – concept central de toute communication éthique
Aucune image, histoire ou vidéo ne devrait être diffusée sans le consentement des personnes qui y figurent. Ce principe est le premier critère à respecter pour s’inscrire dans une démarche éthique. Le consentement doit être éclairé, cela signifie que les personnes doivent connaître et comprendre l’utilisation qui sera faite de leur image/récit, le périmètre et la finalité (récolter de l’argent, illustrer un projet, une campagne, etc.). Elles doivent pouvoir donner leur consentement sans pression, dans leur langue, oralement, par un signe ou par une signature et le retirer à tout moment. Les précautions prises pour l’obtention du consentement varient également en fonction du contexte sécuritaire ; parfois, il est nécessaire de renoncer à publier du contenu afin de protéger les figurant·e·s. Afin de gérer le consentement de manière simple et pratique, fairpicture a développé l’application gratuite FairConsent.
L’IA et les risques pour la coopération internationale
Les contenus et visuels générés par l’IA posent des défis dans tous les domaines, mais dans le milieu de la coopération internationales, les dangers sont particulièrement élevés. En plus d’alimenter des préjugés, l’IA peut menacer le personnel, les volontaires, les communautés, déstabiliser la cohésion sociale et produire des dégâts d’image considérables pour les ONG. En conséquence, fairpicture et la Fedevaco recommandent de ne pas utiliser d’images qui dépeignent la réalité qui sont générées artificiellement. De plus, l’IA représente un défi en matière de consentement, car les organisations perdent le contrôle de l’image une fois publiée. Il devient alors impossible de retirer une photo et de savoir où, quand et pourquoi elle a été utilisée. Ce risque doit être explicité aux personnes photographiées lors de la récolte du consentement.
Dans ce contexte où circulent les fausses informations, les récits déshumanisants et la désinformation, les histoires ancrées localement et incarnées de manière digne gagnent de la valeur. Ainsi, l’éthique n’est pas une barrière, elle devient un guide et une vraie plus-value. Mais l’éthique n’est pas une recette toute faite, c’est un processus. Il est nécessaire de se renseigner, d’étudier le sujet, d’en parler avec ses partenaires et de sans cesse questionner sa posture. De nombreuses ressources sont disponibles sur les sites de la Fedevaco et de fairpicture pour nourrir ce cheminement et avancer ensemble vers une communication qui œuvre pour un monde plus juste.
Lucie Engdahl
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