08.10.2026

En bref

Date

08.10.2026

Le commerce équitable et solidaire & la coopération au développement

En choisissant des produits issus du commerce équitable et solidaire, les collectivités publiques, peuvent soutenir concrètement des projets dans les pays à faible revenu ainsi que les acteurs suisses de cette filière. En choisissant de tels produits, elles peuvent participer à de meilleures conditions de travail et à la lutte contre les pratiques nuisibles au développement, tout en signifiant aux entreprises que les pratiques commerciales inéquitables ne sont plus acceptables.

Le commerce équitable et solidaire (CES) est né dans les années 1960 avec le slogan « Trade, not aid », qui défendait l’idée que le développement des pays du Sud ne dépendait pas seulement de l’aide internationale, mais aussi de relations commerciales plus justes. Cette approche dénonçait les inégalités héritées de la colonisation et les échanges économiques déséquilibrés qui favorisaient les pays industrialisés au détriment des producteur·ices des anciennes colonies. Les premières organisations et boutiques de CES, engagées en faveur d’une plus grande justice économique, sont ainsi apparues.

À partir de la fin des années 1980, le commerce équitable s’est développé grâce aux systèmes de labellisation. Cependant, malgré cette progression, ses pratiques restent aujourd’hui minoritaires face à une économie mondialisée dominée par la recherche du profit. Aujourd’hui, de nombreuses grandes entreprises commercialisent des produits certifiés tout en maintenant, dans d’autres secteurs de leurs activités, des pratiques nuisibles aux travailleur·euses et à l’environnement. Par exemple Nestlé, avec ses capsules labellisées CES mais aussi tout un assortiment de café et cacao qui ne respectent pas les normes de CES.

Les acteurs historiques du CES, des organisations de la filière dite « intégrée », peinent donc à rester compétitifs face aux produits à bas prix issus de modèles moins responsables. Il est important de rappeler que ces acteurs ne font QUE du CES et, en plus de respecter les 10 principes du commerce équitable, respectent toute une série de principes de gestion (gouvernance démocratique, bénéfices au service de l’impact social et environnemental et pas de distribution de bénéfices aux actionnaires, etc.).

Les dix principes fondamentaux sur lesquels repose le CES contribuent directement à la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Il favorise notamment le travail décent et la croissance économique, ainsi que le développement d’infrastructures locales. En soutenant la transformation des matières premières dans les pays producteurs, il permet de conserver davantage de valeur ajoutée localement.

L’exemple de l’usine solaire de Fairafric au Ghana illustre bien cette démarche : la coopérative, qui regroupe 380 familles cultivant le cacao et plus de 300 personnes employées dans l’usine, transforme le cacao en chocolat sur place, n’utilise que des ingrédients bio d’origine africaine et permet ainsi à un pays jusque-là relégué à la simple production de matière première de développer des capacités de transformation localement. Ceci permet de donner des perspectives, autres que l’activité de production agricole, à la population locale.

En favorisant des partenariats directs entre producteur·ices et consommateur·ices, en limitant les intermédiaires, le CES permet également de lutter contre la pauvreté et les inégalités, de lutter contre la faim grâce au renforcement de la souveraineté alimentaire, d’améliorer la santé, l’éducation et de promouvoir l’égalité entre les sexes. Les revenus plus stables permettent notamment aux familles de scolariser leurs enfants, plusieurs projets partenaires mettent en place et financent des écoles et des formations professionnelles, tandis que les coopératives encouragent la participation des femmes et garantissent davantage d’égalité.

Le CES soutient aussi la protection de l’environnement en favorisant l’agriculture biologique, l’agroécologie, l’agroforesterie et le développement des énergies renouvelables. Ces pratiques contribuent à la gestion durable de l’eau, à l’accès à une énergie propre, à la préservation de la biodiversité terrestre et aquatique et à la lutte contre le changement climatique.

Les acteurs du CES accompagnent notamment les partenaires pour faire face aux effets du dérèglement climatique. Étant spécialisés dans la pratique du commerce équitable et à but non lucratif, ils utilisent leurs bénéfices pour soutenir leurs partenaires.

Claro ag, par exemple, le principal importateur Suisse de CE, verse des bénéfices dans un fonds de promotion des producteurs. Ce fonds a permis, entre autres, de soutenir les partenaires du Sri Lanka face aux dégâts causés par le Cyclone Ditwah en novembre 2025. Grâce au fonds de soutien, il a été possible de remettre en état les voies d’accès vers les producteur·ices, de livrer l’aide d’urgence et de mettre en place un projet d’art thérapie pour le soutien psychologique de plus de 700 enfants. Un dialogue participatif avec les producteur·ices permet d’identifier également les mesures à moyen terme, comme la fourniture des plants et du matériel agricole nécessaire au redémarrage des activités.

En Suisse, les acteurs du CES comme les Magasins du Monde (magasins associatifs à but non lucratif et gérés par des bénévoles) et des initiatives comme le programme Fair Trade Town[1] (un programme international qui désigne un territoire engagé dans la promotion des produits équitables déjà adopté par plus de 2’000 villes dans plus de 30 pays) sensibilisent les citoyen·nes et les collectivités à une consommation responsable et renforcent les partenariats en faveur du développement durable.

Ainsi, le commerce équitable apparaît comme un complément essentiel à la coopération au développement et un outil concret pour promouvoir une économie plus juste et durable.

Lara Baranzini
Porte parole et coordinatrice de l'Association romande des Magasins du Monde

Les Magasins du Monde

L'Association romande des Magasins du Monde réunit 35 Magasins du Monde répartis dans toute la Suisse romande. Organisés en associations locales et gérés et animés par plus de 900 bénévoles, les Magasins du Monde sont spécialisés dans le commerce équitable.
Par la vente des produits du commerce équitable, l'information des consommateur·trice·s et la sensibilisation du public aux déséquilibres qui affectent les relations Nord global-Sud-global, les Magasins du Monde cherchent à promouvoir une économie solidaire, respectueuse de l'être humain en vue d'un développement durable.

En savoir plus 


[1] Cinq critères pour une commune responsable, ici et ailleurs. 1) La ville ou commune se prononce en faveur du commerce équitable. 2) Un groupe de travail coordonne l’engagement de la ville ou commune pour le commerce équitable. 3) Des partenaires locaux proposent des produits durables et équitables. 4) Des actions sont menées pour promouvoir l’équité et la durabilité. 5) L’engagement est valorisé grâce à des actions de communication.